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Mailys Dorn est spécialiste de l’optimisation d’espace. Elle est architecte, a fondé l’école HOME et a écrit un livre sur le sujet de l’aménagement des espaces intérieurs. Elle partage dix principes qu’elle applique – et qu’elle enseigne – pour organiser au mieux l’espace dans un studio.

studio étudiant
Dans un studio d’étudiant, la place dédiée à l’étude est forcément importante mais pourra prendre différentes formes selon les filières…

1. Ne pas chercher à « faire rentrer des meubles », mais à faire entrer une vie

Je conseille de commencer par dresser la liste des usages et des besoins de l’habitant : dormir, travailler, cuisiner, manger, recevoir des amis, ranger ses vêtements, faire sécher du linge, se détendre, regarder un film, lire…

Dans un studio, chaque mètre carré compte. Mais l’erreur serait de commencer par se demander : « Où vais-je mettre le lit ? Le canapé ? Le bureau ? »

C’est l’approche que je développe dans mon livre Comment nos maisons nous construisent : un logement n’est pas simplement une surface à meubler. Son organisation influence directement notre manière de vivre. Mal meublé, l’espace peut donc nous faire sentir mal à l’aise ou nous donner de multiples petites frustrations plus ou moins conscientes qui s’accumulent tout au long de la journée en grignotant notre niveau d’énergie.

Dans un studio, cette réflexion est encore plus importante puisque plusieurs fonctions doivent cohabiter dans une seule pièce.

2. La circulation : quelques mètres carrés libres peuvent avoir plus de valeur que quelques mètres carrés meublés

Un studio rempli de meubles peut devenir beaucoup moins agréable qu’un studio dans lequel on a volontairement laissé du vide. Il faut pouvoir entrer, accéder au lit, ouvrir les placards, cuisiner, s’asseoir à son bureau sans déplacer trois meubles et sans slalomer entre une chaise et une table.

Pour un studio, on va généralement privilégier de meubler en périphérie, pour pouvoir circuler au centre.

Je conseille donc de dessiner l’aménagement à l’échelle avant d’acheter les meubles, mais surtout de dessiner les meubles en situation d’utilisation : une chaise de bureau reculée, une porte de placard ouverte, une table dépliée, etc. C’est souvent là qu’on découvre qu’un aménagement qui semblait fonctionner sur le papier ne fonctionne plus du tout dans la vraie vie.

3. Faut-il forcément acheter de petits meubles ?

Dans l’enseignement que je donne à l’Ecole HOME, il y a une phrase que je répète souvent : « Petit espace = petits meubles ! Grands espaces = grands meubles ! ». Tout est question de proportion. Cependant, cet adage ne doit pas être pris au pied de la lettre, car il comporte plusieurs pièges à éviter.

Une multitude de petits meubles donnera toujours beaucoup plus une sensation d’encombrement et de manque de rangement, qu’un grand rangement sur-mesure bien intégré à l’espace.

Par exemple, pour diminuer l’encombrement sans donner la sensation d’être à l’étroit :
– pour la table, on va réduire sa largeur pour la passer de 90-100 cm sur une largeur standard, à 70-80 cm, voire même jusqu’à 60 cm de large, en s’inspirant des largeurs « table bistrot ». Cependant, on va compenser cette perte en largeur, par une longueur plus généreuse, pour pouvoir quand même y poser tout ce qui est nécessaire : carafe d’eau, pain, plat, etc.
– au lieu d’un canapé très profond (100 cm), on va sélectionner un canapé de 70cm de profondeur, voire une simple banquette selon les possibilités.

Par ailleurs, le mobilier doit vraiment être réfléchi en fonction de l’usage et du quotidien de l’habitant. La bonne question n’est donc pas : « Quelle taille doit faire le meuble ? », mais : « Quelle place mérite cet usage dans ma vie ? »

studio artiste
Un étudiant en école d’art aura besoin d’un espace dégagé pour peindre, sculpter, créer… Une fan de cuisine voudra mitonner de bons petits plats tous les jours !

4. Quelle place mérite cet usage dans ma vie ?

Si je travaille huit heures par jour chez moi, sacrifier mon bureau en mélangeant la fonction « table de repas » et « espace de travail » peut, à moyen terme, être très fatigant et nuire à la santé physique et mentale. Avoir la sensation de travailler dans une cuisine augmente les envies de grignotage, ne donne pas envie de prendre une vraie pause repas, nuit à la concentration, fatigue …

Les mètres carrés doivent être distribués en fonction des usages réels, pas d’un modèle théorique du studio idéal.

Il vaut mieux avoir un espace bureau ET un espace repas, quitte à ce qu’ils soient rabattables lorsque l’on ne veut plus voir l’une ou l’autre des fonctions, mais que la disparition de cette fonction soit ultra simple et ne nécessite pas trop de manipulation. Par contre, pour quelqu’un qui ne travaille jamais chez soi mais qui aime recevoir, il sera plus judicieux de réfléchir à une table de repas plus généreuse, et des assises supplémentaires.

Et si on ne connaît pas encore son futur locataire ? -> dans tous les cas, on définit son « portrait robot » : étudiant ? jeune actif ? touriste saisonnier ? On peut alors réfléchir à ses besoins après avoir défini sa cible.

5. Le bureau : face au mur ou dos au mur ?

Lorsque l’on a la chance d’avoir une pièce dédiée au bureau, ou une superficie suffisante dans un espace partagé, l’idéal est d’avoir face à soi une perspective, et en ce sens, c’est agréable d’avoir un bureau au centre de la pièce plutôt que contre un mur.

Mais dans un studio, c’est rarement une bonne idée, car l’encombrement de ce type d’aménagement est réel : on doit pouvoir circuler d’un côté et de l’autre du bureau. De plus, avoir vue sur sa cuisine et la vaisselle en train d’égoutter n’est pas forcément idéal quand on travaille depuis son studio.

On trouvera donc d’autres astuces pour s’offrir cette perspective : installer le bureau sous la fenêtre, ou bien mettre un beau paysage sur le mur face au bureau.

J’évite également, autant que possible, de travailler dos à la porte. Nous sommes généralement plus à l’aise lorsque nous percevons les accès à l’espace dans lequel nous nous trouvons.

Dans un tout petit studio, le bureau peut aussi devenir escamotable : un secrétaire mural, par exemple, permet de conserver l’ordinateur et le matériel de travail à l’intérieur puis de tout faire disparaître une fois la journée terminée. C’est important psychologiquement : quand le logement est aussi le lieu de travail, il faut pouvoir signifier à son cerveau que la journée est terminée.

studio conseils
Ce studio a été aménagé comme une chambre d’hôtel : le repos est privilégié, la kitchenette et la salle de bains sont réduites au strict minimum

6. Le lit : faut-il choisir un canapé-lit ?

C’est rarement une bonne idée, et l’une des premières questions que je poserais à l’habitant : est-il réellement prêt à faire et défaire son lit deux fois par jour pendant plusieurs années ?

Un canapé-lit est une excellente solution si cette transformation correspond réellement au mode de vie de la personne. Sinon, après quelques semaines, il risque simplement de rester déplié en permanence. On aura alors un mauvais canapé et un lit souvent moins confortable.

Il ne faut donc pas avoir peur du vrai lit.

Comme c’est l’élément le plus encombrant dans un studio, l’idéal est de le placer en premier, car il fixe une des contraintes et définit la superficie restante pour les autres fonctions. On peut choisir de faire un « coin nuit » quand la superficie le permet, ou bien faire en sorte que ce lit puisse être « camouflé » sous un plaid et présenté comme une assise supplémentaire en journée. Rempli de coussin, ce lit peut tout-à-fait être une banquette confortable pour lire ou regarder un film.

Dans d’autres configurations, une mezzanine peut être extrêmement intéressante si la hauteur sous plafond le permet. Un lit escamotable peut également être pertinent, à condition d’avoir un espace dégagé pour le déplier rapidement. Un lit un peu sur-élevé avec une zone rangement en-dessous peut également marquer l’espace nuit tout en optimisant la superficie et l’encombrement. Il n’existe pas de solution universelle : il faut choisir le système qui correspond au logement et surtout à la personne qui y vit.


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7. Dans un studio, le véritable enjeu est le zoning

Même sans cloison, on doit pouvoir comprendre intuitivement : « ici je dors », « ici je travaille », « ici je cuisine », « ici je me détends ». C’est essentiel pour ne pas avoir en permanence la sensation de vivre dans une chambre avec une cuisine au pied du lit.

On peut créer ce zoning avec l’orientation des meubles, un tapis, une bibliothèque, un rideau, un changement d’éclairage, une différence de hauteur, une couleur ou simplement la disposition du mobilier.

Le but n’est pas nécessairement de cloisonner physiquement, mais de rendre les fonctions lisibles, et de pouvoir en faire disparaître certaines lorsqu’on le souhaite.

8. Le mobilier multifonctions : oui, mais pas à n’importe quel prix

Le problème du mobilier pensé pour être multifonctions, c’est qu’il impose souvent de nombreuses manipulations. Même si ça a l’air simple sur le papier ou en démonstration dans le magasin, dans la réalité, changer de fonction sur un même mobilier impose souvent un mini-déménagement plusieurs fois par jour pour transformer un salon en chambre, une console en salle-à-manger, faire disparaître un bureau nécessite parfois de le vider entièrement, etc.

Le mobilier multifonctions peut évidemment être précieux dans les petites surfaces, à condition qu’il reste réellement simple à utiliser au quotidien : il ne s’agit pas ici du canapé lit qu’on déploie une fois de temps en temps pour recevoir des amis le temps d’une nuit.

J’aime assez les multiples usages inattendus mais simples : un tabouret d’appoint qui fait aussi office de bac à linge sale permet de diviser l’encombrement de 2 objets par 2.

Dans un espace réduit, l’idée de pouvoir faire disparaître certaines fonctions très simplement est aussi ultra pertinent pour ne pas avoir la sensation de dormir entre la douche et l’évier.

9. Utiliser la hauteur plutôt que saturer le sol

Placards toute hauteur, rangements au-dessus d’un bureau, étagères, rangements sous une mezzanine ou sous un lit permettent de dégager le sol. Dans le studio de 25 m² que je présente également dans Comment nos maisons nous construisent, nous disposions de 3,20 m sous plafond. Plutôt que de considérer uniquement les 25 m² au sol, nous avons exploité le volume en créant une mezzanine. Elle accueille le couchage et son escalier devient lui-même un élément de rangement.

Aménager en hauteur est l’un des grands leviers des petites surfaces.

Résultat : la pièce principale peut véritablement devenir un salon et non un espace entièrement organisé autour du lit. Et lorsque l’on est dans le lit, on oublie totalement la cuisine, le bureau et la salle-de-bain : la zone dodo surélevée permet de recréer l’effet « chambre ».

studio avec mezzanine
La hauteur sous plafond de ce studio a permis l’installation d’une mezzanine pour le lit. Un placard est judicieusement placé en renfort sous un angle de la plateforme et les escaliers accueillent des paniers de rangement

Un exemple extrême : faire tenir toutes les fonctions d’un logement dans une ancienne chambre de bonne

Dans mon livre, je présente un projet d’ancienne chambre de bonne parisienne sous les toits, particulièrement difficile à aménager : pièce en forme d’entonnoir, toiture en pente, gaine technique en plein milieu… Plutôt que de partir des meubles, nous avons listé ce dont une étudiante avait réellement besoin : dormir confortablement, travailler, manger ailleurs que sur son bureau, cuisiner avec un vrai plan de travail, ranger ses vêtements et ses livres, avoir un espace pour le linge, faire sa toilette confortablement et pouvoir recevoir quelqu’un.

Ensuite seulement, l’espace a été repensé pour répondre à ces usages.

Le bureau-secrétaire mural se replie. La table de repas se rabat vers le bas tout en gardant une zone fixe comme une mini-console qui sert à entreposer un vase, une carafe … La baignoire se camoufle et devient une banquette lorsqu’elle n’est pas utilisée. La plaque de cuisson est mobile pour récupérer du plan de travail. Les rangements exploitent toute la hauteur disponible.

Ainsi, le logement change de fonction au cours de la journée : au moment de dormir, il devient une chambre ; au moment de cuisiner ou de recevoir, il redevient une pièce de vie; au moment de la toilette, il devient une confortable salle-de-bains, vue sur les toits de Paris.

C’est pour moi la véritable optimisation d’espace : permettre le maximum d’usages avec le minimum de contraintes pour passer d’une fonction à une autre.

10. Pour l’achat d’un studio : Définir le potentiel avant de regarder la décoration

Lorsque l’on visite un studio, il faut essayer mentalement de faire disparaître les meubles et la décoration existants. Un mauvais aménagement peut cacher le potentiel d’un espace, mais attention à ne pas se faire trop d’illusions non plus sur les transformations possibles.

Et surtout, garder en tête les fonctions pour lesquelles cet espace a été conçu à la base, et celles que l’on veut ajouter aujourd’hui pour le faire correspondre à nos modes de vie.

L’achat d’une chambre de bonne, par exemple, n’est pas anodin : à la base ces pièces n’étaient que des chambres, avec des sanitaires à l’extérieur. Elles sont situées sous les toits et leur unique fonction était le repos après une grosse journée de travail. Elle n’ont donc pas été pensées ni pour cuisiner, ni pour se doucher, laver et faire sécher du linge. Ce qui signifie qu’en plus du manque de superficie considérable, il n’y a aucun système de ventilation pour toutes ces fonctions que l’on veut intégrer aujourd’hui.
Il faut parfois admettre des compromis, comme laisser en-dehors du logement la fonction lavage et séchage du linge qui, en plus d’être encombrante et bruyante, est source d’humidité dans un logement mal ventilé.

Je regarderais en priorité :
La lumière naturelle et les ouvertures : leur orientation, leur taille et les vues qu’elles offrent vont participer à la sensation d’espace et de bien-être ou au contraire accentuer la sensation de vivre confiné. C’est vraiment l’élément sur lequel on aura absolument pas la possibilité d’intervenir, même si on essaie toujours de trouver des parades pour minimiser tant que possible un problème de vis-à-vis ou de luminosité.

La forme du volume : dans tous les cas, un véritable expert en optimisation d’espace trouve toujours des solutions : c’est notre métier, dans l’Agence Optimise Mon Espace. Mais un studio de 20 m² bien proportionné peut être beaucoup plus facile à aménager qu’un 25 m² tout en longueur, et une studette sous les toits en forme d’entonnoir offrira très peu de possibilités d’aménagement.

La hauteur sous plafond, qui peut représenter un potentiel considérable;
L’emplacement des arrivées et des évacuations d’eau, notamment si l’on souhaite déplacer cuisine ou salle d’eau ;
Les éléments structurels et techniques difficiles à déplacer : murs porteurs, poteaux, gaines techniques, qui vont conditionner l’agencement;
La possibilité de créer des zones distinctes pour dormir, travailler et vivre ;
et surtout la circulation une fois le logement réellement meublé.

Un appartement peut être très laid lors de la visite et avoir un excellent potentiel. À l’inverse, un studio très joliment décoré et photogénique peut cacher un plan médiocre.

C’est d’ailleurs un principe que je défends beaucoup dans Comment nos maisons nous construisent : la décoration vient après l’usage. Un logement réussi n’est pas celui qui provoque uniquement un effet « waouh » sur une photo. C’est celui dont l’organisation paraît tellement naturelle qu’au quotidien, on finit presque par ne plus la remarquer.

livre Mailys DornMaïlys Dorn, auteure chez Eyrolles de Comment nos maisons nous construisent, propose ses services d’architecte d’intérieur au travers de son agence Optimise mon espace et forme des architectes à l’optimisation d’espaces avec l’École H.O.M.E.

© images : Unsplash




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