Qui parmi nous, étant enfant, n’a jamais construit une cabane, une petite « chambre à soi », un refuge loin des yeux des adultes, pour vivre une vie à sa propre échelle ? Qui, à l’âge adulte, ne désire pas (re)retrouver, même de façon symbolique, ce lieu de revitalisation, havre de rêve et de contemplation ?

La Bird Hut, perchée sur des échasses au milieu des pins, est recouverte de 12 nichoirs cachés dans la façade en écailles de bois. Conçue par Studio North, en Colombie-Britannique, cette cabane est un refuge de montagne de 10m2 pouvant accueillir deux personnes

Dans un premier temps, l’ouvrage retrace les diverses formes que cette habitation atypique a adoptées tout au long de l’histoire humaine et architecturale. La cabane, si l’on pense à la hutte primitive, serait en quelque sorte une proto-maison, « avant » l’idée même d’habitation, avant sa conceptualisation et l’évolution des techniques qui l’accompagnent.

Cette cabane ronde en mousse a été imaginée par les suédois du cabinet UMA Ulf Mejergren Architects, qui utilisent aussi les cônes de pin, les sapins de Noël recyclés, les feuilles d’arbres, les troncs, les ronces, les dosses de bois, la glace pour fabriquer de petites cabanes en pleine nature
La soixantaine d’œuvres contemporaines présentées dans l’ouvrage démontrent, chacune à leur manière, comment ce micro habitat innovant, en manipulant ses formes, ses matériaux et ses usages permet de proposer une autre interprétation de l’architecture mais fait également évoluer la conception architecturale dans son ensemble.

La cabane Refugium des architectes norvégiens Rintala Eggertsson et TYIN Tegnestue sert tout à fois de refuge pour les touristes, de résidence d’artistes et d’observatoire sur le paysage changeant de la baie
De ce point de vue, on peut voir les règles d’urbanisme comme étant préventives de cet aspect, explosif, incontrôlé, de cette « cabanisation » que redoutent par dessus tout les maires et les communes. La cabane est symbole de lutte, d’appropriation populaire, d’inventivité nécessaire. Les cabanes de Notre-Dame-Des-Landes en sont de parfaits exemples. Mais également en leur temps les cabanons des Calanques de Marseille, aujourd’hui typiques et respectées.

Ce refuge en forme de barque renversée se situe sur le chemin de Compostelle, et rappelle aux pèlerins et aux promeneurs la présence géologique ancienne de la mer à cet endroit. La designeure Sara de Gouy a récupéré 150.000 coquilles Saint-Jacques pour en faire à la fois la toiture (!) et un béton marin, en les concassant. Facétie technique qui rappelle l’importante du symbole de la coquille Saint-Jacques sur ce chemin

Elle peut également être un refuge indispensable à la pensée, au développement d’une oeuvre. On pense à la cabane de l’architecte Le Corbusier, dans le Sud de la France, à celle du philosophe allemand Heidegger en Forêt Noire, à la « cabane à composer » de Gustav Malher ou bien encore à celle de la designeur Charlotte Perriand.

Dans le pays basque, les bordak servant de refuges aux bergers et à leurs animaux, ont inspiré ce projet de cabane à l’agence espagnole Arquimana, qui a réinterprété à sa façon cette tradition de l’architecture vernaculaire locale
De nombreux architectes ont – et continent de proposer – des abris d’urgence pour les sans-abris. Ils mettent leur créativité, leur technicité à la disposition d’une urgence sociale, cyclique. Pendant la guerre 1939-1945 les ateliers Jean Prouvé produisent des pavillons démontables pour les sinistrés.
Adossé à ce livre, une exposition Super Cabane ! a lieu tous les ans à la cité de l’Architecture. En sus, le concours Mini Maousse continue de viser le même but en invitant de jeunes concepteurs à imaginer un projet de super cabane en matériaux recyclés – joint à un mode d’instruction ludique pour le co-construire – qui puisse s’intégrer dans une cour d’école et devenir un espace de jeu et d’apprentissage.
Fiona Meadows est architecte diplômée d’État, responsable de programmes et commissaire d’exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine. En 2010, elle crée le concours Mini Maousse pour mettre à l’honneur les petites architectures. Aux éditions Alternatives, elle a publié Archi petit (2010), Voyage au coeur de la cuisine de rue (2013), Habiter le temporaire (2017), Microarchitectures nomades pour les oubliés d’Internet (2019), Et vogue l’architecture ! (2021) et Quand la ville se prend aux jeux (2024).
Antonella Tufano est professeure de design à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre de l’équipe de recherche ACTE, co-responsable de l’axe Design, Arts, Médias et ancienne directrice de l’École
des Arts de la Sorbonne.
© images : 1 et 2/ Mark Erickson – 3/ UMA Farm art moss – 4/ Pasi Aalto – 5 et 6/ Sara De Gouy – 7/ Cata Arquimana
Super Cabane !
Collectif, sous la direction de Fiona Meadows et Antonella Tufano
Qui, enfant, n'a jamais bricolé une cabane, une petite chambre à soi où, loin du regard des adultes, on peut vivre une vie à sa (dé)mesure ?
Qui, adulte, ne désire pas (re)trouver, même symboliquement, cet espace de ressourcement, refuge de rêve et de méditation ?
Surtout, comme le rappelle Marielle Macé, quand on a ailleurs une maison et que la cabane n'est pas un simple abri précaire en attendant des jours meilleurs, mais bien cet habitat qui tire un fil horizontal entre l'homme et son environnement.
Cet ouvrage revisite, dans un premier temps, les différentes figures que cette habitation pas comme les autres a prises dans l'histoire des hommes comme dans celle de l'architecture, et dont la cabane serait, en quelque sorte, l'archétype parfait.
La soixantaine de réalisations contemporaines présentées ensuite démontrent, chacune à sa façon, comment il est possible de renouveler ce microhabitat en jouant avec ses formes, matériaux et usages pour offrir une autre vision de l'architecture.
La 10ᵉ édition du concours Mini Maousse poursuit le même objectif en proposant à de jeunes créateurs d'imaginer un projet de supercabane en matériaux de récupération - accompagné d'un mode d'emploi ludique pour la coconstruire - qui puisse prendre place dans une cour d'école et devenir un lieu de jeu et de pédagogie.
Construire, coconstruire, écoconstruire, se construire... autant de verbes à décliner pour concevoir cette petite architecture dotée de superpouvoirs !